28 mai 2017

Le dernier salaire

Je n'y allais pas pour ça, à la bibli, mais je suis revenue avec :

2016

Paru en 2016. 221 pages.

Margaux, après une vie professionnelle un peu chaotique, passée à suivre les mutations de son mari (ah ? tiens ?), a trouvé un CDI et se plait énormément dans son poste d'assistante de direction. Sauf qu'à 48 ans, elle se fait éjecter, mal, sans prime de départ. Mal.

Ah ? tiens ?

Elle se défonce pour retrouver un poste, ayant d'abord l'espoir d'un CDI, puis d'un CDD, puis de n'importe quoi. Ah ? tiens ?

Elle raconte la descente lente et terrible, la peur au ventre, le stress terrible et quotidien, le regard des autres, le sentiment d'inutilité puis de honte. Et personne pour comprendre que tu te défonces mais que ça ne marche pas. Que quoi ne marche pas ? Les démarches ? Le marché de l'emploi ? L'âge ? Mais comment faire ?

Elle y raconte aussi très bien comme on devient aux yeux des autres corvéable à merci. Et se taire.

Et les ateliers pôle emploi qui ne mènent à rien, et comme on fait tout ce qu'on nous demande dans l'espoir de et jamais rien au bout. Ce n'est pas une question de diplôme, ce n'est pas une question de compétences, mais alors quoi ? Comment font les autres ?

Elle y raconte les demandes d'immersion en entreprise (gratuites donc), les demandes de te mettre en "auto-entrepreneur" (ben voyons, qu'est-ce que j'ai pu l'entendre ça ! "Et pourquoi pas un statut d'auto-entrepreneur ?" Ben oui pourquoi pas ? Parce que je vois bien que ce serait une descente de plus ?). Elle y raconte certaines bienveillances à laquelle on ne s'attend tellement plus que ça semble bizarre.

Elle y raconte une société actuelle où ceux qui ont la chance d'avoir un boulot s'y accrochent de façon désespérée et compréhensible, mais que cela nuit fortement à ceux qui essaient de décrocher un emploi.

Elle y raconte un quotidien dans lequel je me suis reconnue, les fausses promesses (ah ça ! Je crois que je vais finir par les noter pour avoir une trace), les lettres restées sans réponse, les ateliers pôle emploi où on t'apprend à refaire 20 fois de 20 façons différentes ton cv, ta lettre de motivation et ça ne change rien !

La seule différence entre nous, c'est que j'ai arrêté ma mission en fin de contrat à cause de la distance. 120km/jour, je n'en pouvais plus. Mais personne ne l'a compris, et pourtant, qui est partant pour faire 120km/jour pour être payé au smic ? Je l'ai fait parce que j'avais des collègues adorables et que j'aime mon métier. Mais au bout de 2 ans, l'usure était là.

C'est la seule différence. Je passe des heures chaque jour à chercher, j'ai passé une cinquantaine d'heures sur mon cv, j'ai suivi les ateliers sur les lettres de motivation, la façon de bien répondre à une annonce, construire son profil pro sur les réseaux sociaux, les bons sites sur lesquels être présent, "booster sa recherche d'emploi" (hum il est où le booster ?).

Et la nécessité de voir les copines, de passer une heure avec elles, de rire, de sourire, de vivre avec cette peur terrible et quotidienne du "il faut que je trouve", la boule au ventre.

"Il faut faire marcher son réseau". Ah la bonne blague. Je n'ai pas de réseau et quand bien même, je n'oserai pas.

"Il faut se vendre". Je ne suis pas commerciale. Je suis dans la culture et la culture n'est pas compatible avec le commerce, avec un rendement.

"Il faut suivre les ateliers". J'ai fait, suivi, m'énervant contre le contenu qui me rendait dingue.

Et le regard des autres. Qu'on le veuille ou non. Et le ras le bol de la précarité, qu'on est des millions, de tout âge et de tout niveau, à subir. J'admire ceux qui s'en sortent, relèvent le nez et je cherche comment ils ont fait. Souvent c'est un hasard, un coup de chance, un peu comme une vente du Bon Coin : la bonne personne au bon moment.

Je n'ai jamais eu de chance aux jeux, ceci explique cela ?

Le marché du travail a changé. Ah. Alors comment fait-on pour s'y adapter ? Pourquoi n'a-t-on pas d'atelier là-dessus ?

"Se mettre en adéquation avec le marché". Tiens c'est drôle mais je ne demande que ça : j'ai des compétences (évidemment j'ai suivi aussi l'atelier "trouver ses compétences tranversales" hein) que je peux certainement utiliser ailleurs. Alors j'ai fait un bilan de compétences pour savoir quoi. Conclusion : "Vous êtes une très bonne archiviste". Je n'ai pas besoin de bilan pour ça, je le sais. Je voulais savoir quoi faire d'autre puisque je ne trouve pas de poste....encore du temps, encore de l'énergie, partis en fumée.

Bref, toi, lectrice/teur, si tu as la solution pour m'aider, je prends. Oh je ne suis pas chère. Au bout d'un moment hein, on oublie sa valeur, on garde en revanche son envie, son besoin de travailler, d'être reconnue comme apportant quelque chose....Bref, si tu connais quelqu'un qui connait quelqu'un, qui aurait besoin de moi, je suis là !

Je ne parlerai plus de ce sujet ici, mais il me semblait important de le faire. Non je ne reste pas à la maison à tricoter ou coudre. Je cherche du travail plusieurs heures par jour, activement, gardant une motivation continue malgré le temps qui passe. Un jour moi aussi, je trouverai ma bonne annonce et je ferai LA rencontre. On peut rêver non ? Quand il ne reste plus grand-chose, l'espoir reste un moteur.

Ce livre est rassurant et angoissant. Je ne suis pas seule, je ne fais pas les choses de travers. Mais nous sommes des millions et la priorité est donnée aux "précaires". Ah oui, il y a ça aussi : quand tu es autonome dans tes recherches, personne ne t'aide....

Bref, je garde espoir, c'est important trèfle

bisous1

Posté par Huloga à 04:16 A - - Commentaires [45] - Permalien [#]